Toujours peindre
Encore peindre
Le mieux possible, le vide et le plein
Le léger et le dense
Le vivant et le souffle
Zao Wou-ki, peintre-poète d'un autre temps, d'une autre dimension a su unir l'héritage artistique extrême oriental à l'abstraction lyrique* dans un mouvement émotionnel et sensible très particulier, intense. Formé à la calligraphie traditionnelle dans la plus pure tradition chinoise, c'est-à-dire avec toutes les restrictions qu'elle impose, Zao Wou-ki élargit rapidement son champ d'investigation en prenant le risque de se mettre en porte-à-faux avec les grands maîtres de son pays. Il ose la couleur, l'huile, les grands formats, laissant glisser au fil de son pinceau les rêves et les sensations qui peuplent son monde imaginaire. Il distille ses couleurs au rythme de ses pulsations intérieures, laissant l'inspiration dessiner la trajectoire du trait. Celui-ci parfois descendant, parfois prenant l'entière horizontalité en otage laisse transfigurer l'indicible relief de l'âme.
Zao Wou-ki fait danser sa peinture et, dans cet élan, offre aux spectateurs un espace scénique allégorique pour que leurs propres fantaisies puissent à leur tour s'exprimer. Il évite ainsi tout titre évocateur risquant d'emprisonner ses œuvres dans une signification restreinte et se contente donc, la plupart du temps, de marquer uniquement les dates du travail accompli. Ses surfaces picturales, d'où jaillit l'effervescence de la lumière, évitent l'écueil d'un cadre facilement imposable ; la liberté de chacun parcourt à travers un œil scrutateur la diversité de la matière et de l'épaisseur. Et l'auteur se dissout derrière la toile, disséminant sur son chemin une résonnance intérieure qui inspire la contemplation et le retour sur soi.

Paysages silencieux ébauchant les réminiscences inaudibles des profondeurs de l'être, l'œuvre de Zao Wou-ki s'écoule à l'intérieur, de l'intérieur bannissant toute limite entre la réalité du dehors et celle du dedans. On dit en Chine d’une peinture réussie qu’elle est magique. Celle de Zao Wou-ki l'est, assurément…
*(peinture s'opposant à l'abstraction géométrique issue d'une construction rationnelle et s'inspirant de formes simples telles que cercles, lignes droites, carrés, etc…L'abstraction lyrique fut à l'époque une nouvelle façon d'appréhender les couleurs et la lumière en laissant tomber la dimension formelle et en pénétrant davantage les strates du vécu émotionnel)
Orlan....phénomène étrange et provocateur, performer, peintre, plasticienne mais aussi corps, toile, support artistique, support esthétique.
Orlan....art transgressif ? Art agressif ? Art outageant ? Art dérageant ? Art tout court ? Impertience de cette dernière question car qu'est-ce que l'art au fond ? Une manifestation émotionnelle ? L'expression du beau ? Une démarche intellectuelle ? De telles définitions ne feraient qu'élargir à l'infini un champ d'application et ne seraient que futiles brassages de cerveau.
La démarche même d'Orlan puise sa force et son brio non pas dans ce type de questionnements mais bien plutôt, à mon sens, dans les réactions qu'elle suscite. Son corps, comme elle l'exprime très bien, devient "lieu de débat public". A démarche extrême, réactions tout aussi extrêmes et c'est là que l'artiste révèle au sein même de la société un phénomène banni et critiqué par celle-là même : la catégorisation rigide et dichotomique, le manque de tolérance et d'ouverture mais aussi de nuance. L'artiste est alors soit encensée, auréolée d'un pouvoir semi-démiurgique dans sa façon de repousser certaines limites et de bousculer les principes, soit elle est assimilée à un être empreint de folie et de masochisme, braconnant l'art de sa signification sacrée.
En effet, les 9 opérations chirurgicales esthétiques soigneusement préparées et mises en scène (interventions retransmises en direct dans des musées et galeries, danseurs, personnel médical en costume dessinés par de grands couturiers, patiente sous anesthésie locale répondant aux questions des spectateurs et lisant des passages de Lacan, Kristeva et autres auteurs) "touchent un nerfs" puisque les spectateurs, par identification, perçoivent dans leur propre chair le travail de l'artiste.
Dans ce sens, plus que de renvoyer à une question éthique l'oeuvre confronte à un rapport intime avec soi-même. Orlan ne fait que pousser à l'extrême à travers une loupe macroscopique les dérives d'une société vouée au marché capitaliste, qui glorifie l'artifice, l'apparence et la conformité. Face à une approche aussi particulière, l'attitude la plus typique est alors de se laisser enfermer dans des considérations purement académiques et intellectuelles ;la pensée est alors engluée dans des tentatives explicatives s'épuisant souvent à démonter à travers l'émergence de préjugés ou d'une psychologisation abusive ce que fait naître en nous l'art de cette femme. Et c'est là qu'est le vrai talent d'Orlan qui a su faire émerger les peurs les plus fondamentales de l'être humain et le renvoyer à lui-même. Merci Orlan...
Pour en savoir plus : http://orlan.net
