Orlan....phénomène étrange et provocateur, performer, peintre, plasticienne mais aussi corps, toile, support artistique, support esthétique.
Orlan....art transgressif ? Art agressif ? Art outageant ? Art dérageant ? Art tout court ? Impertience de cette dernière question car qu'est-ce que l'art au fond ? Une manifestation émotionnelle ? L'expression du beau ? Une démarche intellectuelle ? De telles définitions ne feraient qu'élargir à l'infini un champ d'application et ne seraient que futiles brassages de cerveau.
La démarche même d'Orlan puise sa force et son brio non pas dans ce type de questionnements mais bien plutôt, à mon sens, dans les réactions qu'elle suscite. Son corps, comme elle l'exprime très bien, devient "lieu de débat public". A démarche extrême, réactions tout aussi extrêmes et c'est là que l'artiste révèle au sein même de la société un phénomène banni et critiqué par celle-là même : la catégorisation rigide et dichotomique, le manque de tolérance et d'ouverture mais aussi de nuance. L'artiste est alors soit encensée, auréolée d'un pouvoir semi-démiurgique dans sa façon de repousser certaines limites et de bousculer les principes, soit elle est assimilée à un être empreint de folie et de masochisme, braconnant l'art de sa signification sacrée.
En effet, les 9 opérations chirurgicales esthétiques soigneusement préparées et mises en scène (interventions retransmises en direct dans des musées et galeries, danseurs, personnel médical en costume dessinés par de grands couturiers, patiente sous anesthésie locale répondant aux questions des spectateurs et lisant des passages de Lacan, Kristeva et autres auteurs) "touchent un nerfs" puisque les spectateurs, par identification, perçoivent dans leur propre chair le travail de l'artiste.
Dans ce sens, plus que de renvoyer à une question éthique l'oeuvre confronte à un rapport intime avec soi-même. Orlan ne fait que pousser à l'extrême à travers une loupe macroscopique les dérives d'une société vouée au marché capitaliste, qui glorifie l'artifice, l'apparence et la conformité. Face à une approche aussi particulière, l'attitude la plus typique est alors de se laisser enfermer dans des considérations purement académiques et intellectuelles ;la pensée est alors engluée dans des tentatives explicatives s'épuisant souvent à démonter à travers l'émergence de préjugés ou d'une psychologisation abusive ce que fait naître en nous l'art de cette femme. Et c'est là qu'est le vrai talent d'Orlan qui a su faire émerger les peurs les plus fondamentales de l'être humain et le renvoyer à lui-même. Merci Orlan...
Pour en savoir plus : http://orlan.net

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