Une femme sur un cube, allongée, la tête à l'envers, le corps sans force, écrasé par le poids de la gravité. La gravité ?...Du moment peut-être ? Moment informel de soi à soi. Où suis-je à l'intérieur de moi ? Frissons d'un désir indicible, celui de laisser couler ces longs pans sans vie le long des aspérités, glisser dans les cheveux de l'eau, de l'aube, chercher l'ego. Et se sentir libre. J'ai peur. Et si je me noyais ? Temps létal incertain, en suspens. Je m'assieds et laisse s'émouvoir mon visage happé par la couleur de l'été. Eté, était, j'étais...Mais où suis-je ? Une ombre au fond de l'épiderme humide. Flux et reflux de l'écume qui appelle l'écho...l'ego ? Elle ondule avec peine, irriguant les veines de mon envie...La rejoindre, me rejoindre. Enfin. Mais peut-être n'est-ce que mon reflet, reflet en rémission, sur le point d'éclater en une multitude de morceaux ? Effeuiller les strates qui recouvrent la distance. Si loin, si près...L'ombre surgit des mers, en sueurs. S'affale sur mon île. Est-ce si éprouvant d'être soi ? Je la regarde, hypnotisée. Me fondre en elle, ne faire qu'un....avec moi-même sans doute. Au loin deux silhouettes qui s'entrelacent, s'entre-cassent, respirent, soupirent, s'oublient et disparaissent...Et mon cube, comme un radeau en dérive se leste de l'inconnue venue du néant, me laissant choir dans cet espace accablant. Troublant...Trou béant. Où est mon intérieur ?
Le bonheur, cette joie aiguë qui bouleverse le cœur, cette espèce de spasme de l'âme
Un peintre, c'est quelqu'un qui essuie la vitre entre le monde et nous avec de la lumière, avec un chiffon de lumière imbibé de silence
(Christian Bobin)
Derrière les murs, la vie. Souffles incandescents qui brûlent le temps.
Au dehors, une silhouette figée laisse glisser ses sens le long des fenêtres. En équilibre, sur le rebord d'une intimité inconnue. Incongrue curiosité de mon regard. Qui s'abandonne dans la persistance éthérée des voilages. Dessine les fragments de quotidien. Cherche sous la peau incolore les plis d'émotions. Mouvements incessants entre l'intérieur et l'extérieur. Je me remplis de ces autres. Leur être en exergue. Le mien en dissidence, happé par le flot imaginaire de ces existences en filigrane. Est-ce qu'un jour je percerai ce mystère ?
