
Il y a des jours comme ça, où les yeux écrasés de fatigue, vous traînez péniblement votre lourd tribut charnel jusqu'au café le plus proche ce, afin de permettre à l'aurore de percer paisiblement les brumes du sommeil dans lequel vous êtes englué. Vous imaginez déjà l'odeur enivrante d'un capuccino vous caresser les narines, les strates matinales dilapidant la nuit avec douceur, une ambiance silencieuse ne laissant traîner que quelques voiles sonores presque inaudibles - le bruit d'un morceau de sucre qui s'affale dans la tasse, celui d'un croissant qui se morcelle sous le poids des dents...
Mais voilà...
A côté de vous, une espèce d'énergumène excentrique et nombriliste répand bruyamment ses propos dans l'atmosphère, propos rythmés par des "je" et des "moi" à intervalles réguliers. Elle se met en scène, se revendiquant artiste dans un lyrisme verbal prétentieux. Tout y passe, l'enfance malheureuse, les expositions, et les théories selon lesquelles "la fidélité n'existe pas ; ceux qui la revendiquent n'aiment pas le sexe". Vous sursautez, hagard. Décidément, il est difficile d'obtenir une paix désormais récalcitrante et obsolète....les questions surgissent : faut-il nécessairement se démarquer pour être un artiste ? Si oui, de quelle manière ? Faut-il être narcissique pour être un artiste ? Si oui jusqu'à quel point ? Pollock disait un jour "les peintres ne sont plus obligés de trouver un sujet en dehors d'eux-mêmes. Ils travaillent à partir d'une source différente, ils travaillent à partir de l'intérieur".
Un artiste s'expose certes, mais peut-être le fait-il avec une certaine pudeur...? A méditer...

