L’herbe poussait de façon anarchique et ressemblait à un pâturage que les vaches n’avaient pas foulé depuis longtemps. De vieux cerisiers tentaient de survivre dans ce milieu quelque peu désenchanté, manifestant leur lassitude par l'altération avancée de leurs fruits tombés à leur pied.
Il y avait dans un coin du jardin, un parterre de jonquilles claires qui frétillaient insouciantes sous l’impulsion de la bise. Elles avaient échappé, comme par miracle, à l’usure du temps. Des pives jonchaient le sol, signalant la présence d'imposants cèdres rouges. Leur immensité forçait le respect.
Dans ce paysage, une femme. Elle regardait la rivière. Pensive. « Se fondre dans l’eau douce, se laisser envelopper jusqu'à sentir un monde sans écho. Entendre le chant des vagues qui crépitent, s’attardent sur la peau. Là-bas, tout au loin, où le soleil est sans couleur mais pourtant si lumineux. Là-bas, où les contours de l’être esquivent la réalité des sens ».
Happée par la vitesse du courant, elle conçut que l'existence était comme cette eau qui s’échine le long des galets : précipitée, impétueuse. Incertaine aussi. Mais elle était belle.
